Depuis 2024, l’environnement des petites et moyennes entreprises françaises est devenu plus tendu. La Direction générale des entreprises (DGE) estime qu’environ 66 000 entreprises sont entrées en procédure de faillite en 2024, un niveau bien supérieur à la moyenne des années précédentes, avec un impact direct sur les PME qui fonctionnent avec des marges serrées.
Début 2025, les rapports de la Banque de France montrent que la tendance reste élevée, avec plus de 66 000 défaillances cumulées sur douze mois et des projections qui évoquent un possible rapprochement des 70 000 procédures d’ici la fin de l’année.
Parallèlement, les retards de paiement entre entreprises se sont aggravés. Une étude du cabinet Altares indique qu’au premier semestre 2025, le retard moyen a atteint environ 14 jours, contre 13,5 jours fin 2024, avec moins de la moitié des entreprises réglant leurs fournisseurs dans les délais.
Pour les PME qui exportent ou dépendent de fournisseurs hors de France, cette combinaison de marges comprimées, de retards domestiques et de coûts élevés pour envoyer et recevoir de l’argent depuis l’étranger fait de chaque frais bancaire et de chaque point de spread de change un facteur de survie.
Contents
- 1 Comment les PME françaises paient l’international aujourd’hui et où les coûts se concentrent
- 2 D’où viennent exactement les coûts des paiements internationaux
- 3 Trois voies pour réduire la facture en 2025 sans ouvrir de brèche sur le plan de la sécurité
- 4 Sécurité, compliance et gestion du risque: ce qui ne doit pas être sacrifié
Comment les PME françaises paient l’international aujourd’hui et où les coûts se concentrent
La plupart des PME françaises utilisent une combinaison de trois canaux pour payer et encaisser à l’international. Les virements bancaires internationaux via SWIFT, les virements SEPA en euros dans l’espace européen et les paiements par carte pour les services numériques, les solutions SaaS et les fournisseurs qui facturent en ligne.
En dehors de la zone euro, le chemin passe presque toujours par une chaîne de banques correspondantes, chacune ajoutant ses propres coûts et délais. Pour les paiements internationaux classiques, au-delà de la commission fixe par opération, qui peut facilement atteindre plusieurs dizaines d’euros par virement pour certains profils de clientèle, intervient le spread de change.
Les études sur les frais bancaires montrent qu’en 2024, les plus fortes hausses observées dans le relevé tarifaire type français concernaient justement des postes comme la carte de paiement internationale et les frais de tenue de compte, une tendance qui se poursuit en 2025, avec une hausse moyenne de 3,1 % des principaux services bancaires selon l’Observatoire des tarifs bancaires.
Pour une PME qui effectue des paiements fréquents, cette combinaison de frais fixes et de change peu transparent rend chaque opération plus coûteuse que ne le laisse penser le tarif officiel. Sur les flux en euros à l’intérieur de l’Union européenne, la situation est plus favorable.
La réglementation européenne impose depuis plusieurs années qu’un virement en euros vers un autre pays de l’UE soit facturé au même prix qu’un virement domestique équivalent, ce qui a largement harmonisé les tarifs dans l’espace SEPA.
En 2024 et 2025, le nouveau règlement européen sur les paiements instantanés en euros (règlement 2024/886) a ajouté une étape supplémentaire. Les prestataires de paiement qui proposent des virements SEPA doivent aussi offrir des virements instantanés, avec l’obligation d’appliquer des tarifs égaux ou inférieurs à ceux des virements classiques.
Depuis janvier 2025, le portail Service-Public et les associations de consommateurs en France confirment que, pour la plupart des clients, le virement instantané en ligne est facturé au même prix que le virement classique, c’est-à-dire souvent gratuit. Quand la PME doit aller au-delà de la zone euro ou travailler en dollars, en livres sterling ou en francs suisses, le décor change.
C’est à ce stade que des solutions alternatives entrent en jeu. Banques en ligne avec comptes multidevises, plateformes B2B spécialisées dans les paiements internationaux et, pour les entreprises plus digitales, infrastructures s’appuyant sur les cryptoactifs et les stablecoins.
Certaines entreprises françaises de technologie et de services numériques testent déjà l’usage de stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires afin de réduire les coûts d’envoi de fonds et d’accélérer la liquidation, à condition que le flux passe par des prestataires régulés dans l’Union européenne.
Dans ces cas-là, l’objectif n’est pas de spéculer, mais de profiter de rails technologiques de nouvelle génération pour réduire les frais et diminuer la dépendance à la chaîne classique des banques correspondantes.
Lorsque la direction financière décide d’explorer cette voie, la recommandation récurrente des conseillers et des régulateurs est de ne travailler qu’avec une plateforme crypto de qualité, enregistrée ou autorisée dans le cadre européen, avec des processus solides de KYC/AML et une véritable capacité de conversion transparente en euros, afin que le gain sur les coûts ne se fasse pas au détriment du risque opérationnel ou réputationnel.
D’où viennent exactement les coûts des paiements internationaux
Même lorsque la PME n’a pas d’autre choix que d’utiliser le circuit bancaire traditionnel, comprendre l’origine des coûts permet déjà de mieux négocier. En premier lieu, il y a les coûts explicites. La commission fixe annoncée dans la grille tarifaire pour un virement international, les frais de change et, parfois, les frais facturés par la banque du bénéficiaire.
Les études françaises sur les frais de virement international rappellent que la structure peut combiner plusieurs types de facturation (OUR, SHA, BEN), qui déterminent qui paie quoi, parfois l’émetteur, parfois le destinataire, parfois les deux.
Ensuite, il y a les coûts cachés dans le taux de change. De nombreuses banques annoncent un taux du jour, mais appliquent un spread par rapport au taux interbancaire qui peut représenter plusieurs dixièmes de point de pourcentage supplémentaires, surtout sur des devises plus exotiques ou des volumes fragmentés.
Le manque de transparence sur le spread de change est l’une des principales sources de surcoût pour les entreprises qui paient régulièrement à l’international, car de petites différences sur chaque opération s’additionnent au fil de l’année. Enfin, il y a la dimension temporelle.
Selon la Banque centrale européenne, sur la base de données de la Financial Stability Board (FSB), près d’un quart des corridors de paiements de détail transfrontaliers affichaient encore en 2024 un coût moyen supérieur à 3 %, et environ un tiers de ces opérations mettaient plus d’un jour ouvrable pour parvenir au destinataire.
En parallèle, les rapports sur les infrastructures de paiement montrent que, même si 90 % des paiements traités via le réseau Swift atteignent la banque du bénéficiaire en moins d’une heure, le goulot d’étranglement se situe souvent dans le traitement interne de la banque réceptrice et dans les contrôles supplémentaires.
Ce qui allonge le délai jusqu’au crédit effectif sur le compte du fournisseur. Pour une PME française, chaque jour supplémentaire entre la sortie des fonds et la confirmation de crédit représente un coût d’opportunité, un risque de change et, dans certains cas, une source de tension avec le fournisseur.
Dans un contexte où les défaillances dépassent déjà 66 000 par an et où les grands médias évoquent un record historique d’entreprises en difficulté en 2024, avec une tendance encore élevée en 2025, le coût du temps devient aussi important que le coût nominal des frais.
Trois voies pour réduire la facture en 2025 sans ouvrir de brèche sur le plan de la sécurité
Au-delà des grands projets d’infrastructure pilotés par les banques centrales et les organisations internationales, les PME peuvent agir sur trois fronts très concrets. Le premier consiste à optimiser ce qui existe déjà dans la relation avec la banque principale. Cela passe par une révision du contrat de services internationaux, une cartographie des flux les plus récurrents et une négociation de forfaits adaptés au volume réel d’opérations.
Dans de nombreux cas, recourir davantage à la facturation en euros au sein de la zone SEPA, lorsque les partenaires acceptent ce schéma, permet de concentrer les flux sur les virements européens dont le coût est encadré et qui peuvent désormais être instantanés sans frais supplémentaires.
Le nouveau règlement européen sur les paiements instantanés, salué par le Comité national des moyens de paiement en France, rend de plus en plus naturel l’envoi de paiements en euros en moins de dix secondes, 24 heures sur 24, avec des tarifs alignés sur ceux des virements classiques.
Pour la PME, cela ouvre la porte à une renégociation des délais de paiement avec les fournisseurs européens, réduisant le besoin de recourir à des lignes de crédit de court terme. Le deuxième front consiste à intégrer des fintechs B2B et des comptes multidevises spécialisés dans les paiements internationaux.
Les entreprises qui centralisent leurs paiements internationaux dans une solution unifiée ont une meilleure visibilité sur les coûts par pays, devise et fournisseur, peuvent automatiser les rapprochements et, souvent, obtenir des spreads de change plus compétitifs.
Cette approche ne remplace pas la banque traditionnelle, qui reste centrale pour le crédit, les garanties et la relation de proximité, mais elle déporte une partie de la mécanique de paiement vers des acteurs conçus dès l’origine pour gérer les flux transfrontaliers avec moins de friction.
Le troisième front, plus sensible, est l’utilisation prudente de rails crypto et de stablecoins dans des scénarios précis. Les solutions crypto apparaissent justement pour combler les failles du système actuel, mais elles s’accompagnent de risques importants.
Volatilité des cryptoactifs non adossés, risque de ruée sur certaines stablecoins, concentration sur quelques émetteurs privés et même risque de dollarisation numérique dans des marchés plus fragiles.
Pour une PME française, cela signifie qu’expérimenter ce type d’infrastructure n’a de sens qu’avec des partenaires adoptant une posture prudente. Usage exclusif de stablecoins adossées à des monnaies fiduciaires, conversion rapide en euros, compliance robuste alignée sur le cadre européen (y compris le règlement MiCA) et intégration comptable claire.
Dans ces conditions, la crypto cesse d’être perçue comme un actif spéculatif pour devenir une couche technique supplémentaire, capable de réduire les coûts sur certains corridors sans remettre en cause les piliers de sécurité.
Sécurité, compliance et gestion du risque: ce qui ne doit pas être sacrifié
Réduire les coûts des paiements internationaux ne signifie pas affaiblir le noyau dur des contrôles. Au contraire. Plus la PME diversifie ses canaux et ses prestataires, plus elle doit renforcer sa gouvernance.
Du côté des prestataires, le cadre réglementaire européen en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme continue de se durcir, avec de nouveaux paquets législatifs et la création d’une autorité européenne dédiée à la lutte contre le blanchiment (AMLA).
Pour la PME, cela se traduit par des procédures de KYC plus détaillées, des demandes de documents et un suivi renforcé des flux. Même si ces démarches peuvent paraître bureaucratiques, ce sont elles qui permettent de compter sur des partenaires qui ne seront pas soudainement bloqués pour défaut de conformité.
Au sein même de la PME, la discipline est tout aussi importante. Séparer les fonctions entre ceux qui enregistrent les bénéficiaires, ceux qui valident les coordonnées bancaires, ceux qui autorisent les montants et ceux qui réalisent les rapprochements, avec une attention particulière à la vérification de l’IBAN et du nom du bénéficiaire, joue un rôle clé.
La réglementation européenne sur les paiements instantanés prévoit d’ailleurs la généralisation de mécanismes de vérification du titulaire du compte. En France, cette vérification est obligatoire pour limiter la fraude et les erreurs de saisie sur les virements rapides.
Un autre point critique est le risque de change. Lorsqu’une PME facture en devise étrangère, conserver une partie de la trésorerie dans cette devise ou recourir à des instruments simples de couverture peut s’avérer plus judicieux que d’essayer de timer le marché à chaque paiement.
L’objectif n’est pas de gagner sur le change, mais de protéger les marges sur des contrats de moyen terme. Enfin, la diversification des prestataires doit être pensée comme un outil de résilience, et non comme une dispersion chaotique.
Dépendre d’une seule banque, d’une seule fintech ou d’une seule solution crypto pour des flux critiques expose la PME à un risque de blocage en cas d’incident technique, de sanctions, de changement réglementaire ou de problème de liquidité chez le partenaire.
En construisant un écosystème de paiement avec deux ou trois canaux complémentaires, l’entreprise gagne en flexibilité pour rediriger les flux en cas de crise, tout en conservant une vue consolidée de son risque.



